23/03/2009
Des banquiers rapaces
En me réveillant ce matin c'est la première info que j'ai entendue. Je comprends un ami qui m'a dit un jour
"il y a quelques années au réveil je réglais la radio sur des stations d'infos maintenant c'est la station musique classique ou toute autre station de musique mais surtout pas d'infos le matin".
Après un bras de fer surréaliste avec l'Elysée et toute la classe politique française, les 4 dirigeants de la Société Générale ont fini par renoncer à leurs stocks options. Les négos ont duré jusqu'à dimanche soir pour sortir ce communiqué signé par les 4 cadres dirigeants de la banque et transmis à l'AFP :
"Cher Collègue, comme vous le savez, le conseil d'administration (...) a décidé d'allouer aux mandataires sociaux des stock-options (...). Cet élément de rémunération très différé dans le temps est aligné avec la performance future et durable de l'entreprise et avec l'objectif que la Société générale sorte par le haut de la crise (...). Nous n'avons pas su en expliquer les mécanismes intrinsèquement complexes. Sa mise en place a été jugée très inopportune par l'opinion publique et a suscité une forte indignation (...) Pour couper court aux polémiques actuelles, nous avons décidé de renoncer au bénéfice de l'attribution de ces stock-options (...). Il s'agit de nous donner tous les moyens de préserver, dans une période difficile, nos fonds de commerce et le pacte social de la Société générale (...).
70.000 stock-options au président Daniel Bouton et 150.000 au directeur général Frédéric Oudéa. Ces actions ont été achetées à un prix préférentiels.
Décidement, ces gens-là vivent sur une autre planète complétement déconnectés de la réalité.
Je parle de bras de fer surréaliste car pas plus tard qu'à la fin de 2008, la Société Générale a reçu de l'Etat une aide qui s'élève à 1,7 milliards d'euros. Début 2009, la SG a déclaré un bénéfice de 2 milliards. Pas mal. Mais c'est tjrs la crise. Et elle ne cesse de s'aggraver. On annonce une récession de 1,5%. Un taux de chômage qui atteindra 8,8%.
Mais, le plus intéressant c'est qu'AIG, l'assureur américain, a versé la semaine dernière des indeminités à plusieurs banques françaises notamment BNP Paribas et Crédit Agricole via sa filiale Calyon (la banque d'investissement). La banque qui arrive en tête des indeminisations est ... la SG avec un montant de 11 milliards d'euros. Si l'AIG a indeminisé la SG c'est parce que celle-ci a acheté des produits financiers toxiques, les fameux subprimes, qu'elle a assuré auprès d'AIG. Ce qui revient à dire que la SG a pris des risques inconsidérés. Supposons qu'AIG ait sombré parce que l'Etat américain ne l'ait pas renfloué, la SG aurait eu un sacré coup surtout avec la grosse gamelle de Kerviel 5 milliards évaporés dans la nature.
Donc, en termes de gestion tout court et de gestion de risques en particulier les dirigenats de la SG ont failli. La perte de Kerviel a elle seule justifierait largement la dimension de tout l'état major de cette entreprise. C'est scandaleux et hallucinant que ce trader ait passé au travers de tous les filets du contrôle interne. C'est inconcevable. On rajoute à cela l'indeministaion de l'AIG qui révèle l'ampleur des risques pris par la SG et on se rend compte que ces stocks options censés rémunérés les performances sont une provocation pure et simple. Encore plus dans la situation énconomique actuelle.
Ce qui explique d'ailleurs les réactions de la classe politique :
Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des finances, a déclaré "j'espère vivement" que les dirigeants de la banque auront "le sens des responsabilités pour aller plus loin". Et d'ajouter "il serait grand temps que Société Générale rime un peu plus avec intérêt général". Elle a indiqué "s'interroger sur la pertinence des stock-options" tant en termes d'efficacité que de morale. Il était temps... Incompténets et pourtnat bien rémunérés !
Nicolas Sarkozy "visiblement certains ont du mal à comprendre. Quand il y a un plan social, des aides publiques, les bonus, plans, stock-options, rémunérations annexes ne sont pas admissibles".
L'intersyndicale de la Société Générale a menacé d'une "riposte du personnel si la direction maintenait ces décisions". Même Fréderic Lefevre s'est indigné. C'est dire...
Aux States, la Chambre des représentants a passé à une écrasante majorité un amendement qui taxe à 90 % les bénéficiaires de primes dans des entreprises ayant reçu des fonds de l'Etat fédéral. Le texte passera devant le Sénat cette semaine. Ben ça se comprend. On ne dilapide pas l'argent des contribuables. En France, le gouvernement n'arrête pas de brondir la menace de la loi mais les banquiers et le Medef n'en ont rien à cirer. La preuve.
23:33 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, crise économique, société générale, aig, kerviel, stcoks options, rémunération des dirigeants
11/03/2009
Quand Total réussit l'exploit d'unifier la scène politique française
Chapeau bas à Total ! En ces temps de crise, cette firme a réussi un exploit incroyable : mettre d'accord les politiques français de tout bord. Et même jusqu'aux rangs du gouvernement particulièrement Laurent Wauquiez ministre de l'emploi de son état qui a déclaré que la décision de Total lui "reste au travers de la gorge".
Voici un florilège des réactions de la classe politique française. Quand on pense que les politiques français ne se mettent jamais d'accord encore moins pendant la crise, vraiment BRAVO un énorme BRAVO à Total !!
Mais qu'a donc fait Total pour réussir cet incroyable unification des politiques français ?
1- il a annoncé il y a juste quelques temps un bénéfice record jamais atteint par une entreprise française qui s'élève à 13,9 (autant dire 14) milliards d'euros.
2- il a annoncé ce matin la suppression de 555 postes d'emplois au Havre. Bassin déjà affecté par des fermetures d'usines.
Les dirigeants de cette world compagny ont justifié cette décision par un besoin d'adaptation. A quoi je me le demande.
Entreprise privée qu'elle est, elle n'en a rien à cirer des indignations et réactions des politiques. Et de toute façon, il n'existe aucune loi en France qui peut obliger Total à faire marche-arrière malgré les fanfaronnades du grand réformateur du capitalisme mondial.
Je ne serai pas surprise si dans quelques années cette même entreprise venait frapper à la porte de l'Etat pour demander des subventions car elle n'a pas vu venir la fin du pétrole !!! Un peu comme ce qui se passe actuellement avec le secteur automobile. Sauf que dans ce cas, les dirigeants de Total ne diront pas que les politiques n'ont pas à se mêler de l'économie et des affaires d'un établissement privé !!! Et ça sera au contribuable, en l'occurrence français, de régler la note. D'ors et déjà je vous dis à votre santé !
A voir aussi
- les guignols de ce soir (11/03) consacré presque en entier à cette affaire.
- un excellent documentaire passé hier sur ARTE sur le programme pétrole contre nourriture intitulé pain, pétrole et corruption.
21:03 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : total, économie, suppression d'emplois, crise, guignols de l'info, arte, pain pétrole et corruption
04/03/2009
Sombre période
Dans un ancien billet datant du 20 août 2008, j'avais écrit ceci :
On dit que ce qui n'est pas nommé n'existe pas. C'est ce que tente de faire le gouvernement français. N'empêche qu'on a beau fuir en avant, la réalité finit tjrs par s'imposer.
Dans un autre datant du 24 août 2008, j'avais mentionné ceci :
Concernant la croissance en France, le gouvernement Fillon tablait au mois de mai 2007 sur un taux de 2,5%. Si si aussi surprenant que cela puisse paraitre même à l'époque, le gouvernement y croyait dur comme fer sans que les hypothèses soient basées sur des réalités économiques. Début janvier, une révision à la baisse s'imposait avec la crise des subprimes, le taux est donc descendu en dessous de la barre de 2% pour s'établir à 1,7%. Actuellement, on en est à dire que ce taux de 1,7% est un doux rêve !
Depuis, les choses se sont empirées. Suite au conseil des ministres d'aujourd'hui, la ministre de l'Economie et des finances Christine Lagarde a annoncé les pires chiffres et le pire pronostic qui soient :
- Une récession de 1,5% pardon 1,5% de croissance négative !
- Pas moins de 300.000 chômeurs de plus. La barre des 2 millions a été refranchie depuis quelques mois déjà.
- Et le meilleur, ou le pire c'est selon, pour la fin : un déficit public s'élevant à 100 milliards d'euros !!!!!! Sachant que le déficit public au moment où l'omniprésident et sa dream team ont pris les commandes du pays s'établissait à 52 milliards. Autrement dit, en 2 ans il a doublé !!!
Du propre aveu de Bercy c'est la pire situation que connait la France depuis... 1945...
A part ça, tout va bien Madame la Marquise !
22:49 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, france, économie française, bercy, christine lagarde, récession, crise économique
15/01/2009
C'est pas tjrs bien de maîtriser l'anglais !
Déclaration de Giulio Tremonti, ministre italien de l'Economie et des Finances :
"Nos banques ont peu souffert de la crise des subprimes. Rares sont celles où l'on parle anglais ! Leur exposition aux actifs toxiques est donc restée extrêment limitée"
PS : reste à vérifier si effectivement les banquiers italiens ne parlent pas dans leur majorité anglais...
20:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise des subprimes, crise financière, bourse, débâcle économique, giulio tremonti, délinquance en col blanc, humour
02/11/2008
Les Islandais traités comme des terroristes par les Anglais !
Lu dans le canard enchainé N°4592 du 29/10 dans la rubrique "Krach Krach" :
"Sont pas contents, les Islandais. Voilà deux mois, ils étaient encore les rois du pétrole, le 5e pays le plus riche du monde, roulant tous en 4 x 4 et s'endettant dans la joie. Aujourd'hui, non seulement ils sont ruinés, mais on les traite comme des terroristes ! C'est en effet en invoquant une loi contre le terrorisme que le très délicat Gordon Brown a, le 8 octobre, gelé tous les avoirs islandais en Grande-Bretagne. Ce qui a illico provoqué la faillite de Kaupthing, la dernière banque islandaise debout. Et le lancement d'une pétition mahousse signée par des hordes d'Islandais exaspérés : "Les Islandais ne sont pas des terroristes" ("Les Echos", 23/10). Faut des preuves, les gars..."
Pour information :
1- la Kaupthing Bank est la plus grande banque du pays.
2- dans les différents médias, on a carrément utilisé le mot "faillite" pour qualifier la débâcle des banques islandaises. (Un article de France Soir et quelques articles parus dans les Echos).
3- le FMI a débloqué d'urgence 2,1 milliards d'euros (pour un plan de sauvetage chiffré à 4,5 milliards) pour sauver le système financier islandais qui constitue 70% du tissu économique. Pour plus de détails cliquez ICI.
22:28 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise des subprimes, crise financière, bourse, débâcle économique, délinquance en col blanc, islande, faillite des banques islandaises
28/10/2008
La crise financière décryptée par @rrêt sur images
J'avais découvert une vidéo via Mounir. Il s'agit de "l'argent-dette" de Paul Grignon.
Le site @rrêt sur images a consacré un numéro au décryptage de la crise financière. Il a été présenté ainsi :
"Vous avez été amusé, intrigué ou intéressé par "L'argent-dette" ? Vous n'êtes pas le seul.
Depuis plusieurs semaines, le film de Paul Grignon séduit un public très varié sur la toile.
En expliquant, de manière ludique, le mécanisme par lequel les banques privées créent "de l'argent qui n'existe pas", il se pare de vertus pédagogiques. Mais certains, économistes ou journalistes, voient dans ce film le produit d'une vision du monde conspirationniste, voire antisémite…"
Je me demande où est ce que ceux qui crient à l'antisémitisme ont vu une once de celui-ci !
20:44 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise des subprimes, crise financière, bourse, débâcle économique, délinquance en col blanc, plan paulsan, wall street
09/10/2008
La crise financière ou la délinquance en col blanc
AS : installez-vous confortablement c'est assez long.
Crise financière ou délinquance en col blanc. Je pourrai dire aussi ils ont joué, ils ont gagné pour eux et perdu pour les autres et nous devons tous autant que nous sommes payer ! Vous ne trouvez pas que c'est une bande de malins ces ******.
Reprenons depuis le début.
L'élément déclencheur de la crise : les subprimes (crédits hypothécaires)
Tout a commencé été 2007 aux USA quand des débiteurs ayant acheté des biens immobiliers ont déclaré leur incapacité à honorer leurs échéances. Ce n'était pas de leurs fautes mais la faute à ceux qui leur ont octroyé des crédits tout en sachant pertinemment que ces foyers sont insolvables ! Pourquoi ces établissements crédits ont agi de la sorte ? Question légitime. Personnellement, le jour où je me suis amusée à aller voir mon conseiller bancaire pour connaitre le montant de crédit qu'il pouvait m'octroyer si je voulais investir dans l'immobilier, sa première question avant même de faire les différents scénarios possibles fut quelle est votre situation ? Sous-entendu quelles sont vos garanties pour le remboursement de cet emprunt ? Comportement normal de la part d'un banquier surtout en Europe où Bâle II est en cours de mis en place (horizon 2012).
Pourquoi alors les établissements de crédits américains, entre autres Frannie Mae et Freddie Mac, ne se sont guère souciés des règles prudentielles élémentaires ? La réponse est cynique : ils savaient qu'ils n'allaient pas garder ces crédits foireux, et encore je suis gentille !, dans leurs portefeuilles. Alors pourquoi se casser la tête avec leur recouvrement ? Dans la planète finance, les pigeons ce n'est pas ce qui manque...
Question suivante : comment en est-on arrivé là ?
D'emblée, deux niveaux de réponse :
Niveau 1 : on est parti du postulat idiot certes mais intégré par tous les acteurs de ce délire généralisé selon lequel le prix de l'immobilier augmentera indéfiniment ! Et comme si ce n'était pas suffisant les prêts ont été octroyés avec des taux variables. Quand la bulle immobilière a atteint ses limites, le montant des mensualités augmentaient taux variable oblige. Arrivé à un certain niveau, les débiteurs ne pouvaient plus rembourser leurs crédits. S'ensuivaient les saisies. Sauf que trop de biens immobilers sur le marché a fait que les preneurs se faisaient rares !
Entre temps, ces établissements de crédit ont transformé ses emprunts foireux par voie de titrisation en packages dont personne ne connait réellement le contenu et les ont vendus à des banques d'investissement, des fonds de pensions et à tous ceux qui sont avides d'argent facile et rapide. En droit, cela s'appelle le "dol" autrement dit tromperie en l'occurrence sur l'objet du contrat. Les assureurs ne voulant pas être en dehors de la fête, on assurait ces packages sans connaître réellement le contenu de ce qu'ils assuraient. Ayant travaillé chez un grand assureur français, j'ai encore du mal à comprendre comment on a pu laisser faire des conneries pareilles ? Solvabilité II certes ne s'applique qu'aux européens mais la loi Sarbanes-Oxley dite SOX c'est suite entre autres au scandale ENRON qu'elle a vu le jour. Je ne comprends rien ! Pour camoufler le tout, les montages financiers étaient compliqués et ceux qui les ont achetés, les ont mis mis hors états de synthèse. Ni vu ni connu !
Niveau 2 : si ces établissements ont pu se comporter ainsi c'est aussi parce que le dollar a été très bon marché. Ben oui, pour aller jusqu'au point de prêter à des foyers insolvables c'est que l'argent était en abondance. Pour en comprendre l'origine, il faudra remonter au 11 septembre. Euuuuuuuuuuuh oui. Après les attentats du 11 septembre, il fallait éviter une crise financière. Vous imaginez les montants que les assureurs ont dû payer. Afin d'éviter un krach boursier, des liquidités ont été mises sur le marché en abondance. Mais cette décision à elle seule ne justifie pas ce dollar très bon marché. Le gouverneur de la Fed avait décidé de maintenir les taux de crédit à un niveau très bas. Le déficit budgétaire américain ainsi que la balance commerciale américaine en sont pour quelle que chose.
Les origines de la crise financière :
Croire que la crise des subprimes est la seule responsable de la crise financière qui secoue l'économie mondiale c'est se tromper royalement. Les subprimes ne sont que l'aboutissement d'un long processus démarré dès les années 80 par Reagan aux USA et Thatcher au Royaume Uni (toues les deux atteint d'Alzheimer ils ne souviennent de rien !), accéléré par la chute du communisme et l'apparition du capitalisme financier qui est devenu de plus en plus agressif. Mais reprenons un par un.
La doctrine reaganienne :
1981 Reagan arrive au pouvoir. Il décide alors de renouer avec Cooldige, John Calvin de son prénom, président américain entre 1923 et 1929 comme par hasard ! L'idée centrale est que l'Etat ne doit pas intervenir dans l'économie. Idée structurante dans la vision économique du parti républicain. La fameuse devise "le marché se régulera tout seul". La déréglementation et la dérégulation ont ainsi pris le dessus. C'était la grande mode des années 80. Les pays qui ont été contraint par le FMI d'appliquer le plan d'ajustement structurel (PAS) entre autres le Maroc suite aux crises des années 70 ont été aussi assujetis à cette politique des "D" comme elle a été surnommée. Une p'tite précision, certes Adam Smith a parlé de la fameuse "main invisible du marché" mais il en a parlé dans le contexte de l'économie artisanale et était loin d'être un apotre du capitalisme sauvage (dixit ses deux ouvrages Théorie des sentiments moraux et la richesse des nations).
Le capitalisme financier :
Avec la chute de l'URSS et l'accélération de la mondialisation des échanges, des spéculateurs financiers de plus en plus agressifs ont vu le jour. Un exemple illustratif de ce monde de fous dans lequel nous vivons, les sociétés côtées en bourse sont obligées de publier leurs résultats tous les trimestres ! Encore une nième fois, ceci n'étant pas suffisant, cette nouvelle race de spéculateurs-prédateurs qui a proliféré sur les places boursières exigent des sociétés dans lesquelles elle détient des parts des résultats spectaculaires; en gros à 2 chiffres et ce tous les trimestres ! En plus clair, pour ces sociétés côtées en bourse, il relève de l'impossible de mettre en oeuvre une stratégie à long terme. Ces sociétés ont été donc obligées de garder le nez dans le guidon. A-t-on déjà vu des arbres pousser en 24 heures ? Ben c'est ce qui a été demandé. Tout cela au vu et au su de tous. Les résultats spectaculaires affichées par certaines boites ont été même applaudies.
Les traders s'intéressent uniquement à l'argent. Tout le reste, les entreprises et les personnes qui y travaillent, deviennent des objets de spéculation. L'argent qui rapporte de l'argent pour de l'argent. En dialècte marocain "تقمّارت" (= le flambage) avec tous ses symptômes et ses risques dont on paie le prix actuellement simples citoyens que nous sommes. C'est d'autant plus facile que les sommes engagées n'appartiennent pas à ceux qui les misent ! Le tout ne représentant que des chiffres et des courbes absraites qui défilent sur des écrans.
Dans le secteur bancaire, sa partie banque d'investissement et asset management, cette appellation me fait marrer elle veut tout simplement dire gestion d'actifs, les traders cherchaient à réaliser des profits colossaux à n'importe quel prix. Tout le monde le savait, la finance internationale (le volume des flux monétaires) dépasse largement l'économie réelle et ses besoins. Mais qu'à cela ne tienne, continuons cette course folle vers le profit rapide et facile. Sauf que la réalité finit tjrs par rattraper. La preuve les banques se recentrent et surtout s'appuient sur leur métier de base autrement dit sur leurs banques de détails.
Incompétents et pourtant bien rémunérés :
Parmi les règles imposées par la bulle financière c'est la culture de résultat poussée à son paroxysme. Tout doit être rentable. Les entreprises ont été découpées en centres de profit et de coûts. Ces derniers devant être, bien évidemment, réduits au maximum. On a poussé le cynisme au point de fermer des sites qui étaient rentables sur les continents européen et américain parce qu'on pouvait réaliser des chiffres encore plus importants en Asie, Afrique ou Amérique latine. On a testé en fonction des recettes et surtout des modes des recettes sans se soucier des conséquences sur les personnes qui créent de la valeur dans ces entreprises (la valeur un autre mot débarqué de la planète finance et imposé aux entreprises). Il s'agissait des fois du reengineering, du management de la qualité, des fusions-acquisitions etc... etc...
Les maitres mots étaient et demeurent la performance et la rentabilité. Paradoxalement, quand un PDG montre une incompétence avérée qui a mené la boite droit vers le mur, il n'était nullement inquiété. Bien au contraire, il était récompensé ! Les stocks-options et les parachutes dorés leur garantissaint des départs des plus confortables. Même en période de crise, certains d'entre eux n'ont pas froid aux yeux. Le cas du PDG de Dexia en est un exemple illustratif. Je suis tombée des nus quand j'ai appris que Bercy était obligé d'exiger qu'il renonce à ses 300 millions d'euros d'indeminités de départ alors même que la banque était au bord du gouffre et avait besoin de 6,3 milliards pour la renflouer. On aura tout vu...
Je recommande à ceux intéressés par le management et la gouvernance des entreprises l'excellent bouquin de Henri Mintzberg intitulé "des managers des vrais ! Pas des MBA".
Pour info, dans les années 80 la différence entre le salaire d'un employé et celui d'un DG était de 1 à 20. Actuellement, elle est de 1 à 200 dans certains cas c'est carrément le double de 1 à 400. En outre, la rémunération du travail a progressé de seulement 1,2%. Celle du capital de 40%.
Le génie des auteurs de la crise :
Ce génie réside dans cette fabuleuse idée d'embarquer tout le monde dans cette course folle au profit. L'économie mondiale, ou le colosse aux pieds d'argile, est batie comme un château de cartes où les mots interconnexion et complexité prennent tout leur sens. ll suffit de retirer une pièce maitresse pour voir le tout s'écrouler (le cas de l'assureur AIG ou la banque Lehman Brothers). Ils ont monté leurs anarques comme une arraignée qui tisse sa toile autour d'une proie. Tout le monde est pris au piège.
La solidarité inversée ou le dindon de la farce :
Dans tous les cours d'économie, de gestion et les séminaires de management que j'ai suivis (et Dieu sait qu'ils sont nombreux), on m'a tjrs expliqué que ce sont les riches, par le biais des impôts, qui étaient solidaires avec les pauvres. Avec cette crise financière, je découvre stupéfaite que c'est à nous simples contribuables qui nous levons le matin pour quelques misérables milliers d'euros qui devront être solidaires avec ces délinquants en col blanc qui ont déclenché cette folie furieuse. Mais, on marche sur la tête ! Dans quel monde vivons-nous ?! Ce qui est encore plus révoltant c'est de savoir que ces délinquants ont empoché, des commissons pour le cas des traders, des salaires, des stocks-options et des parachutes dorés pour les PDG pharamineux. Et qui doit payer l'ardoise des renflouements des banques américaines et européennes ? Eh ben c'est tout bonnement nous simples contribuables. Ca me met mais hors de moi. Moi qui devrais me taper un crédit sur 30 ans pour un miniscule appart ou pavillon je dois payer les erreurs d'incompétents qui se sont offerts des apparts donnant sur central park ou des villas sur la côté d'azur, la toscane ou je ne sais dans quelle autre paradis. Mais de qui se moque-t-on ?
Dans les années 90, la déroute du Crédit Lyonais français a coûté quelque 260 millions d'euros. A l'époque ce chiffre avait fait scandale. Actuellement, on est passé à la vitesse supérieure : les milliards. On a calculé un ratio de 2000 euros par français pour éponger cette débacle. Je vous laisse imaginer quel serait le montant par habitant pour chaque pays européen et pour le contribuable américain pour cette crise qui se chiffre en milliers de milliards de dollar.
Autre point, conséquence de crise inéluctable est le resserrement de crédit ou le credit crunch. Les conditions d'octroi de crédits seront de plus en plus difficiles. Qui dit resserrement de crédits dit ralentissement de l'économie. En France, on est déjà entré en récession et ce depuis un certain temps. Le gouvernement a fini, par le biais d'Eric Woerth ministre du budget, de parler de récession technique avant de se reprendre et parler de "croissance négative" ! Waaaw quelle belle trouvaille...
Quelques chiffres (je précise qu'au début de la crise je relisais les chiffres histoire de m'assurer si c'était bien des milliards et non pas des millions. Réflexe de pauvre sûrement !!!)
On parle du plan Paulson qui se chiffre à 700 milliards de dollar afin de sauver l'économie américaine. Auquel il faut rajouter les 200 milliards injectés à part égale dans Freddie et Frannie. Ainsi que les 85 milliards injectés dans le plus grand assureur au monde AIG (75 millions d'assurés et 1050 milliards d'actifs). Au total, on arrive à presque 1.000 milliards.
En Europe, la cacophonie est totale. Même l'union et monétaire est loin d'être réalisée ! L'Irlande a ouvert le bal en déclarant unilatéralement garantir totalement les dépôts de ses 7 banques. L'Allemagne qui avait critiqué cette décision a fait de même quelques jours après. La France n'est pas en reste. J'avais cru, naive que je suis, que les caisses étaient vides (déclarations et du premier ministre et du président pas plus tard qu'en début de cette année), à ce qu'il parait il n'en est rien !!! L'Espagne débloque 30 milliards pour faire face à la crise. L'Angleterre étudie la possbilité de nationaliser certaines banques. Vous avez bien lu. Dans le berceau du capitalisme "moderne" on songe à nationaliser certaines banques. L'Islande a procédé à la nationalisation de la deuxième banque du pays, Landbanski, après celle de Glitnir. Le président russe Dimitri Medvedev a promis quelque 26,7 milliards d'euros de crédits aux banques pour consolider leurs fonds propres. Tiens un article intéressant au regard de ces nationalisations à tire larigot.
Je ne sais pas pour vous mais moi tous ces chiffres me donnent le tournis ! Le fameux réflexe de pauvre...
Les bourses : panique à bord !
Si les bourses européennes et asiatiques, après Wall Street, plongent. A titre d'exemple, le CAC 40 a affiché lundi (06/10) son taux le plus faible -9% en 20 ans càd depuis sa création en 1988. La bourse de Tokyo quant à elle s'effondrait de 7,32% mercredi après-midi, une des plus grosses chutes de son histoire. Je disais si les bourses plongent c'est que malgré les mesures prises par les pouvoirs publics, le marché interbancaire est quasiment paralysé. En plus clair, les banques ne se prêtent plus entre elles. Chacune d'elle se dit "si moi j'ai planqué des cadavres les autres banques l'ont fait aussi..." Vive la confiance !
La crise financière et moi :
J'avais commenté ici et là cette crise. 7didane qui selon ses propres mots "il m'aime bien et je suis sa blogueuse préférée" m'a conscaré un billet. Je ne vais pas raconter ma vie. Mais compte tenu de la nature de mon job et du secteur d'activité dans lequel je travaille, je dirai que cette crise a des répercussions directes sur ma vie professionnelle. Pour résumer : qui dit projet dit budget et qui dit crise dit diminution des coûts et donc des budgets. Le lendemain de mon retour du Maroc, croyant avoir échappé à la réunion hebdo, j'ai découvert manque de bol qu'elle était reportée au jour de ma reprise. Une fois le tour de table traditionnel relatif aux dernières nouvelles sur le projet terminé, le message transmis est "jusqu'à la fin de l'année nous avons une visibilité sur le budget (normal il a été chiffré et bloqué en 2007) en revanche sur 2009 nous n'avons aucune visibilité. Mais une chose est sûre les budgets seront drastiquement diminués". Perso, le contraire m'aurait étonné. Le bénéfice de l'année dernière se chiffrait à 1 milliard et quelques 20 millions d'euros. Le résultat du premier semestre 2008 dépasse à peine les 10 millions !!!
PS : quoi que les officiels diront le Maroc ne sera pas en reste...
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J’avais oublié de rajouter que personne surtout pas ceux qui occupent les palais présidentiels ne savent quelle sera l’étendue des dégâts. Ils avancent et nous avec dans le noir le plus total siphonnant les fonds des caisses publiques pour éteindre ce gigantesque feu mondial. Ce matin encore, on apprend que Dexia aura une rallonge de 4,5 milliards sous forme de garantie pour l’octroi d’un crédit et AIG quelque 30,8 milliards de plus.
C’est juste depuis cette crise que les politiques, les financiers et les économistes s’accordent à dire qu’il faut de la régulation. Non sans rire ? Franchement, on peut encore subir une crise pire que celle-là avant de commencer à y songer sérieusement. Soyons courageux et n’ayons pas peur si facilement…
00:53 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise des subprimes, crise financière, bourse, débâcle économique, délinquance en col blanc, plan paulsan, wall street
18/08/2008
Français : bronzez tranquilles*, ils s'occupent de tout !
Tous les indicateurs virent au rouge : le chômage, la consommation, le commerce extérieur, la croissance qui a reculé de 0,3% (estimation de l'INSEE). En parlant de la croissance depuis le début les hypothèses sur lesquelles s'est basé Bercy étaient décriées par tous les économistes qui se respectent. Mais qu'à cela ne tienne. Le président dupaysleplusvisitéaumonde a décrété qu'il en sera ainsi et pas autrement. L'économie mondiale se pliera à sa volonté pardon ses souhaits ou ses délires ça dépend des points de vue.
Je disais donc que tous les indicateurs virent au rouge et pourtant Matignon et Bercy maintiennent mordicus que tout va pour le mieux dans les meilleurs des mondes. Et pour les nihilistes qui ne veulent pas en démordre le problème se résume à une simple question de terminologie. François Fillon parle de ralentissement et refuse, il ne faut pas le contrarier, celui de récession. Pourtant, la France est en phase d'entrer en récession. Chose qui n'est pas arrivée depuis 1993.
Je fais l'impasse sur la conjoncture internationale qui n'arrange rien : le rapport déséquilibré euro/dollar qui arrange les USA et pénalise la zone euro, la crise des subprimes et ses effets boomerong, le prix du baril qui ne cesse d'augmenter, etc... etc...
Tiens, cette histoire de terminologie me rappelle une autre. Utiliser l'expression "technicien de surface" pour désigner celui ou celle qui se charge de faire le ménage. C'est vide de sens mais apparemment c'est plus classe !!!
On dit que ce qui n'est pas nommé n'existe pas. C'est ce que tente de faire le gouvernement français. N'empêche qu'on a beau fuir en avant, la réalité finit tjrs par s'imposer.
Une question persiste aussi subsidiaire soit-elle : où est le PS français ?
* bronzez tranquilles, mais, sachez que vous allez payer la facture dès la rentrée. Au menu : augmentation des prix du gaz, côté santé répercussion du désengagement de l'Etat sur les cotisations aux mutuelles et aux assurances. Vous voilà prévenus ne tombez pas malades et gare aux coups de soleil ! Ceci n'est que l'appéritif. Le plat de résistance est à venir sans oublier le plateau de fromage et le dessert... Ben oui le menu est à la française !
22:33 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, politique française, économie française, françois fillon, bercy, matignon, zone euro


